Olivia Gay photographie très spontanément, avec un regard authentique, sans freiner ses envies et ses désirs d’images. Démarche qu’elle nourrit de lectures philosophiques et anthropologiques sur le corps comme notamment le travail de l’ethnologue Marcel Mauss. Cette question du corps et de sa représentation est au coeur de ses recherches depuis ses premières photographies réalisées en Amérique Latine, en 1998 : « Les Jineteras de La Havane ». Elle partage le quotidien de jeunes prostituées durant deux mois, dans un quartier de la ville qu’elle délimite comme territoire d’expérimentation photographique .

Du corpus d’images réalisées elle en sélectionne un nombre limité. Chacune choisie avec soin pour sa force formelle représente un moment de la journée : repos, toilette, cuisine, temps avec un client, moment de loisir avec les copines ou la famille. Ainsi, en douze images, Olivia tient la chronique archétypale d’un quotidien propre à toutes et à chacune de ces jeunes femmes. Elle ne cherche cependant pas à faire une photographie pour « rapporter » des informations qui permettent d’analyser ou de faire un diagnostic sur l’état du monde moderne, telle une photographie journalistique, mais davantage à construire un univers autour de la représentation de ses contemporaines dans ce monde moderne, mais avec plus de poésie. « Je cherche à montrer la grâce dans le geste et la posture, quelque chose proche de la merveille, du divin, de l’invisible », dit elle. 

Cette démarche s’affirme dans des ensembles ayant le monde du travail comme motif : « Les ouvrières de l’Aigle », « Les dentellières de Calais », celles d’Alençon ou les femmes du Centre Emmaüs de Malmaisons, par exemple. Symbolisant un métier ou un groupe sociétal, constitués d’un choix serré de photographies, ces travaux sont réalisés en portant une grande attention à la couleur et à la lumière, tout autant qu’aux postures, aux regards et aux gestes. Mais au fil du temps, son regard enrichi du questionnement de la peinture italienne et de la peinture religieuse tendra vers plus de dépouillement.

La gamme des couleurs se restreint, l’environnement s’estompe dans l’ombre jusqu’à s’effacer en fond uni dans les derniers travaux, donnant à l’expression et à l’habitus corporel une valeur iconique.

Invitée en résidence d’artiste dans les quartiers du Mirail en 2010, Olivia Gay fut accueillie dans différentes structures et associations. Elle a rencontré des femmes de toutes conditions et de toutes origines : mères de famille, étudiantes, employées d’établissements sociaux… Elle s’est penchée sur la manière dont elles apparaissent au quotidien dans l’espace public et les a photographiées sur un fond uni, loin de leur environnement social et professionnel. Ainsi, accumulant des images presque abstraites d’individualités que laissent transparaître les expressions, les vêtements et les attitudes face à l’objectif, elle esquisse le portrait d’un quartier.

Enfin, Olivia gay a joué de l’étymologie du nom du quartier pour donner un titre à ce dernier ensemble. « Mirabilia », mot latin qui veut dire merveilleux, admirable, est à l’origine de Mirail, le choix de ce mot est aussi une sorte d’hommage à ces «madones» du quotidien.

__ Jean-Marc Lacabe, Le Château d’Eau (Toulouse)

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