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Envisagées
_ par Raphaelle Stopin

Olivia Gay, Fatimatou

Les visages d’Olivia Gay sont tous féminins. Ces femmes -ou devrait-on dire ses femmes tant elles semblent faire communauté autour d’elle, dans une sorte de sororité-, paraissent toutes volontaires ; quand bien même elles subissent, elles sont présentées agissantes. Olivia Gay les photographie dans leur cadre de vie, de travail, parfois de privation – ici la prison. Aucune, l’on s’en doute, n’est coutumière du fait d’être photographiée. C’est là même un trait qui les rassemble, par-delà l’hétérogénéité de leurs milieux (ouvrières, strip-teaseuses, détenues, femmes de ménage…) : toutes ces femmes mènent leur vie hors des radars médiatiques, hors de toute attention. L’attention, précisément, le temps, c’est ce qu’Olivia Gay oppose depuis plus de vingt ans à l’incurie du regard normé et minuté. On devine de sa part un travail subtil pour créer la confiance requise. Au travers de ses nombreux portraits, c’est le corps social féminin, sous son profil le moins exposé, qu’elle nous présente. Ce sont les gestes de ces femmes, ceux appris au travail par les dentellières, ceux intégrés en prison par les détenues, ceux qui viennent dire les aspirations et les résignations, qui nous disent que ces corps dépréciés, abandonnés parfois, ont grandi et se sont construits en creux de notre structure sociale, dans ces béances. L’oeuvre d’Olivia Gay, que l’on peut qualifier d’entreprise tant elle semble ne pas devoir y déroger, comble ces vides, ces absences d’images, pour restituer avec le concours de ces femmes, leur identité « envisagée ».

Raphaëlle Stopin, Conseillère artistique 2018 du Prix HSBC pour la Photographie, Directrice du Centre Photographique Rouen Normandie

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