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Dans cet entretien publié pour la première fois sur le site « Galerie Photo », Henri Peyre questionne Sebastien Arrighi sur sa pratique photographique.

Aux images de fragments de corps couverts de cire s’ajoutent désormais de véritables scènes d’intérieur, dont on ne saurait pas dire si ce sont d’aperçus de boudoir, de salon de beauté, d’atelier ou autre… Il pourrait s’agir de fragments d’une fiction d’anticipation, du côté de la dystopie, ou bien l’expression psychédélique à la Twin Peaks d’une histoire personnelle du culte de l’image. Avec ces images Marta éveille cette phrase que Louise Bourgeois (…)

La série votive figure fait référence aux offrandes votives. Les ex-votos on pour but de demander protection ou guérison, la plupart du temps, à la Vierge Marie. Ces offrandes se matérialisent parfois par une figurine de cire anatomique. Leurs origines sont bien antérieures au christianisme, une main votive ayant notamment été découverte sur un site archéologique en Syrie. Dans tous les cas, l’offrande implique souvent une forme de privation, ou un sacrifice chez l’offrant. Marta Zgierska s’enduit de cire et dédie des parties de sont corps à un nouveau culte: celui de la beauté.
__ Le chat perché, 2019

La série de photographies représente divers masques de visage. Capturés dans un studio photographique immédiatement après leur utilisation ils prennent l’apparence de sculptures abstraites ou des éclaboussures de peinture sur des toiles, dans des tons doux et délicats qui évoquent une chambre de petite fille. Néanmoins, cette palette de couleurs amies est cassée par une forme dérangeante, déclenchant des associations avec des structures autonomes, arrachées au corps dans des conditions stériles -médicales.

__Zofia Krawiec

Nous voilà donc dans l’univers du trompe-l’oeil, de cette illusion qui vise le redoublement parfait du réel.
C’est là un genre bien identifié et codifié dans l’histoire de l’art, dont le sens a évolué au cours des époques : d’abord virtuosité mimétique, puis jeu subtil avec la réalité.

« Chez Marta Zgierska, la confrontation à la mémoire de provoque point de Catharsis, mais suggère plutôt un labyrinthe sans noyau, qui s’accroît de manière concentrique autour d’un événement qui disparaît ensuite, laissant juste la trace d’une perte, inoubliable traumatisme » __ Darren Campion

Cette série de Zgierska dépeint un autoportrait intime et peu commun. Chaque masque présente l’empreinte fraîche du visage de l’artiste elle-même, même si les traits de son visage sont troublées, effacées, oblitérées dans les formes photographiées. Le concept de « faire tomber le masque » est un archétype culturel.

La netteté des images se combine à la permanence de la lumière qui la rend possible. À sa constance. À sa répétition. Une lumière extrêmement blanche. Une lumière paradoxale, qui met à plat et en même temps sculpte. Une lumière terrible. Qui fouaille les détails mais ne les met pas en valeur. Une lumière de salle d’opération. Scialytique.

Texte écrit à l’occasion de l’exposition de Marta Zgierska à Biala Gallery, Lublin (Pologne) en février 2019. C’est une analyse de l’approche autobiographique de l’artiste.

«Mes premières photos furent comme une incantation à la peur…», ainsi Marta Zgierska décrit-elle l’infiniment muet et lent processus, après l’accident et son corps brisé, la ramenant à la vie. Une vie après, une vie «post», où l’attention extrême à sa propre vulnérabilité est le seul moyen d’en réchapper. On se sait tous mortels bien sûr mais l’éprouver, c’est autre chose. Marta Zgierska va inventer un langage de survie par l’épure, la concentration et l’allégorie. Dans ses images, la méditation sur la mort et le désir enragé mais clinique d’en découdre se côtoient et l’on reste sans voix et comme pétrifiés que tant de grâce et d’abstraction puissent constamment frôler l’abîme.

Diane Dufour, Directrice du BAL à Paris

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