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Que reste-t-il après la beauté (Afterbeauty)
– par Zofia Krawiec

Qu’est ce qu’il reste quand la beauté n’est plus ? C’est une des questions abordées par Marta Zgierska das son travail « Afterbeauty » (Après la beauté). La série de photographies représente divers masques de visage. Capturés dans un studio photographique immédiatement après leur utilisation ils prennent l’apparence de sculptures abstraites ou des éclaboussures de peinture sur des toiles, dans des tons doux et délicats qui évoquent une chambre de petite fille. Néanmoins, cette palette de couleurs amies est cassée par une forme dérangeante, déclenchant  des associations avec des structures autonomes, arrachées au corps dans des conditions stériles (médicales). D’autre part, ces formes désintegrantes apparaissent comme des entités séparées et vagues, comme des organismes indépendants.

De nos jours, un masques de visage sont des accessoires de vie des plus populaires – des éléments cosmétiques indispensables de toute trousse habituellement employée par les femmes qui prennent soin de leur peau. Ces accessoires présentent une attractivité certaine, qui fait que certaines femmes font des selfies avec, en le publiant sur des réseaux sociaux comme Istagram. L’artiste, quant à elle, admet qu’elle néglige ces rituels et qu’elle s’en est servie pour son travail de recherche et production de la présente série. Elle adopte donc une position de chercheuse, plus qu’une fervente utilisatrice.

Les masques utilisés par Marta Zgierska ont, l’un après l’autre, perdu leurs qualités de soin et relaxation. Leur application est devenue un processus déplaisant – comme un rituel qui non seulement est devenu pesant par sa répétitivité, mais aussi excessif au regard des effets que le masque doit produire, et plus dommageable que bénéfique pour la peau.

Cette série de Zgierska dépeint un autoportrait intime et peu commun. Chaque masque présente l’empreinte fraîche du visage de l’artiste elle-même, même si les traits de son visage sont troublées, effacées, oblitérées dans les formes photographiées. Le concept de « faire tomber le masque » est un archétype culturel. C’est un geste important, symbolique, et presque performatif, qui correspond au fait de s’exposer et révéler une pure vérité sur soi-même. En cela, Zgierska déçoit son public, car ici, faire tomber le masque c’est dévier l’attention de soi vers autre chose. C’est un passage du corps vers son immatérialité, même si on peut enquêter sur les traces et identifier les empreintes correspondant au visage et à la personnalité de l’artiste. Dans ce sens, la série Afterbeauty peut être comprise comme opposition à l’omniprésence des selfies ; à la mode moderne de s’auto-exposer et créer une image de soi sur Internet ; à la présence excessive ; à la conviction que « si tu n’es pas sur les réseaux sociaux tu n’existes pas ».

Ses autoportraits non canoniques s’inscrivent dans une démarche d’art abstrait. L’effet qu’elle obtient est basé sur un certain contraste : d’une part, ses photographies choisissent une palette « girlie » et font référence à une expérience banale di quotidien d’une jeune fille ; d’autre part ils confrontent tradition et modernité dans l’art. Ils forment ainsi une sorte de boucle qui mêle l’art confirmé au banal, à l’infantilisant, ces qualités recluses depuis toujours par l’art officiel. Aussi important c’est de souligner comment Zgierska met en relation la peinture en tant que médium artistique, avec les produits cosmétiques censés nous rendre plus beaux et plus attractifs. Tous concernent la création, censée produire un impact sur ceux qui regardent, séduire.

Évoquer le beau d’un point de vue moderniste c’est épurer, nettoyer, réduire les excès. Ce vocabulaire peut aussi être invoqué pour décrire les rituels de beauté, de nettoyage et embelissement de la peau.

Afterbeauty importe par la tension qu’elle produit entre abstraction et représentation. Peinture et photographie se font face pour établir un dialogue entre créer une forme (peinture) et représenter une forme (le propre de la photographie). C’est un travail qui repose la question du beau, une discussion philosophique millénaire et une catégorie esthétique de choix. Cette dialectique dépasse le onde de l’art et aujourd’hui prend place dans une réalité préoccupée par la lutte pour l’image.

La culture du bien-être est en effet une performance permanente du soin de soi même, parfois envahissant les médias. La modernité tourne autour de processus incessants de développement de soi, censé nous amener vers la meilleure version de nous-mêmes. Styliser la vie est le propre de l’art mais devient aussi un fondement de notre quotidien. Des évolutions technologiques, la présence des caméras, internet et outils de la photographie rendent cette recherche de chacun d’entre nous, plus importante. Comme une utopie avant-gardiste, un mouvement censé nous permettre de ne plus distinguer l’art et la vie, mais d’esthétiser nos vies. Le travail de Zgierska nous fait penser que l’utopie peut facilement devenir distopie. Son travail effleure une série de questionnements mettant en relation l’art et la vie, peinture et photographie, sans nécessairement fournir des affiliations un mode d’emploi.

Texte publié en polonais et anglais dans: Marta Zgierska, Afterbeauty, Monographie, Lublin, Pologne, février 2019.

Traduction de l’anglais vers le français, Cristina Albertini Bahnarel

 

 

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