On songe à ces romans d’anticipation où des villes désertées et reconquises par
la végétation manifestent la trace d’une humanité disparue. La séduction
visuelle qui émane de ces tableaux est tempérée par le malaise que suscite
cette absence, malaise amplifié par un coloris souvent étrange, acide, comme s’il
s’était produit une altération de notre vue ou du monde.
La démarche de Marion Charlet n’est pas allégorique, mais son travail met en scène
la fêlure qui est venue s’inscrire dans les certitudes que nous avions vis-àvis
du monde comme représentation. Elle rejoint ainsi nombre de jeunes artistes qui,
par des moyens divers, questionnent les relations de notre univers globalisé avec
un environnement qui autrefois s’identifiait au domaine enchanté des dieux et
des nymphes. Ces relations sont aujourd’hui placées sous le signe de l’inquiétude,
du désenchantement et d’une forme d’interrogation sur l’authentique et l’artificiel.
Ses peintures, quel que soit leur registre, entre figure et forme spécifique, donnent
l’image de ce malaise dans la représentation. Leur beauté est parfois captieuse,
telle la nature autour de Tchernobyl, mais cette beauté est peut-être ce qui
vaut d’être préservé quand tout est perdu, à la façon dont Bernard-Marie Koltès
déclarait : « Sans la beauté, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Alors,
préservons cette beauté, gardons cette beauté, même s’il lui arrive parfois de
n’être pas morale. Mais je crois justement qu’il n’y a pas d’autre morale que
la beauté." (Marc Desgrandchamps)
Marion Charlet est née en 1982. Elle vit et travaille à Paris.
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