DEPINCÉ Anne-Charlotte

Née en 1981 à Rennes, vit et travaille à Marseille

"Comment interroger la réalité et la donner à voir en peinture ?
Dans For ever Mozart, Jean-Luc Godard cite Manoel de Oliveira qui attend du cinéma « une saturation de signes magnifiques qui baignent dans la lumière de leur absence d’explication ». Si c’est la vérité du cinéma, entre un apparaître et un disparaître, le lieu de l’écran, comme celui du tableau, serait celui d’une déroute intentionnelle. Il est une similitude d’espace du cadre et de l’écran.(...)

Voir un dormeur nous renvoie à l’impossibilité de voir, de se figurer, à quoi rêve le dormeur. Lorsque nous sommes à côté d’un corps endormi, nous en éprouvons à la fois la proximité et l’éloignement. Dormir signifie aussi ne rien communiquer. Le tableau est d’abord une chose muette assez comparable à un corps en sommeil. Il fixe des figures. Si le dormeur est comme le tableau, dans son immobilité, dans son abandon, alors la représentation du sommeil serait la métaphore de l’état de peinture : ce qui devant nous rêve sans fin."

Anne-Charlotte Depincé, 2008